Mammectomie : Questions sans réponses.

Bonjour à vous. J’ai pris la décision il y a deux mois de me lancer dans un parcours de mammectomie, qui aura lieu lorsque j’aurais réussi à réunir la somme nécessaire sur la cagnotte participative que j’ai ouverte. Je suis une personne assignée femme à la naissance, j’ai 30 ans, un TSA, et je souhaite avec cet article revenir sur les différentes questions qui reviennent suite à cette décision. Spoiler : Je n’ai pas les réponses. Seulement des axes de réflexions, parce que je pense qu’il est nécessaire de montrer dans le paysage différents témoignages. Chaque parcours de transition est différent, merci de prendre en compte qu’il ne s’agit que du mien, et que je ne parle pas en le nom d’une cause en particulier. Sans plus attendre, c’est parti, entrons dans le vif du sujet !

→ Est ce que tu te sens fille ou garçon ?

Je ne me sens pas. Je ne sais pas ce que signifie cette question, ni si vraiment qui que ce soit qui se la poserait en trouverais vraiment le sens profond. Est ce que j’ai une vulve et des seins ? Oui, pour sûr. Est ce que j’accepte mon sexe de naissance ? Oui. Ma vulve, je n’ai aucun problème avec elle, sa forme, son fonctionnement, le fait qu’elle fasse partie de mon corps. Je sais que je suis la fille de, la soeur de, la nièce, la cousine, la filleule, l’amie, j’aime ces surnoms et ces différentes manières de m’identifier avec lesquelles on m’a nommée, par lequel les liens d’amour et d’affection se sont crées.

En ce qui concerne mon genre, aïe, là ça coince. Je ne sais pas ce que je suis, ni où je suis. J’aime me dire que je suis un humain agenre, ou agenré. Un être humain, un simple bête être humain, qui s’est gorgé de codes sociaux et de manière de se comporter, de se regarder, de se positionner, de parler, de se vêtir. J’appréhende tout ceci comme une manière de s’être construite, parfois empouvoirante, parfois réductrice. Cela m’a offert bien des cadeaux, et parfois fermés des portes. J’en ai joué, comme tout le monde, j’ai fais le caméléon, j’ai imité mes amies filles et mes amis garçons. Cette question ne fait pas vraiment sens pour moi, je n’entends pas « Qui es-tu ? » Mais « Ou es-tu ? » Et la réponse est celle ci : Quelque part, dans un entre temps, dans un entre deux, sur le spectre de la non binarité, entre fille et garçon, avide de ne pas me réduire, joyeuse de pouvoir m’admirer sous toutes les coutures.

Je me genre avec des pronoms parce qu’il le faut bien, pour appeler, on genre, le neutre n’existe pas, et non le masculin ne l’emporte pas. Si je refaisais le monde, il existerait un vrai neutre, un qui ne dit rien à part « organisme vivant de type humanoïde ». Si je refaisais le monde, que l’on se fasse appeler il ou elle ne serait pas perçu comme une insulte si par malheur il y a méprise. Je ne saisis pas le problème à être appelé par un pronom ou par un autre, parce que je bâtis mon existence sur le fait de me réconcilier avec les femmes et les hommes, tout ce qu’on leur a accolé, tout ce que l’on est censé détester d’elles et d’eux, tout leurs clichés, leurs beautés. Je hais cette séparation entre nous. Alors je ne la veux pas en moi.

Cette mammectomie, c’est le signe physique de cette transgression, de cette rébellion, c’est décidé d’aligner mon physique et la façon dont je me perçois avec la façon dont je me ressens : en amour des filles, et des garçons. Et perçue comme cela.

→ Comment tu feras si tu regrettes ?

Je ne sais pas. Mais je remarque que l’on ne pose pas cette question à cette amie qui s’est faite faire une épilation définitive. Que l’on ne me l’a pas posé quand je me suis faite recoller les oreilles à 13 ans. Que j’aimerais pouvoir le poser à chaque personne qui décide d’avoir une enfant, tant le risque de regret suite à cet engagement sur une vie me parait fortement probable.

Si je regrette, et bien, je ferais comme pour mes autres regrets : ce tatouage débile que j’ai fais faire à 16 ans, ces pierçings dont je porte encore les marques. Ce regret fera partie de mon histoire, et mon corps sera marqué de cicatrices. Il y a celles que j’ai décidé, et celles que j’ai subis. Je me marque, je vieillis, mon corps est le prolongement des états intérieurs qui m’animent. Si je regrette, vraiment, et bien je me ferais faire une reconstruction mammaire. Et ça fera partie des choix et des décisions que je devrais assumer, comme les autres. Je précise quand même que je me suis renseignée avant de prendre cette décision, et que sur les différentes études menées sur des personnes transgenres ayant entamé des transitions (peu importe lesquelles), le pourcentage de regret est systématiquement inférieur à 1%, et il généralement causé par la transphobie, la pression familiale, scolaire et professionnelle et le harcèlement. Donc je ne sais pas comment je vais faire si je regrette, mais j’espère être suffisamment lucide pour ne pas décider de faire une opération aussi couteuse financièrement et émotionnellement sur un coup de tête. Et j’espère avoir un entourage suffisamment sécurisant pour ne pas me faire harceler pour ce choix.

→ Tu n’as pas l’impression que tu vas te mutiler ?

Si, un peu. J’ai un rapport à la nature assez important, alors intervenir sur mon corps, c’est lourd de sens, ce n’est pas une décision facile à prendre. Pour autant, je l’ai déjà fais, avec des tatouages et des pierçings, et ces éléments se sont fondues sur ma peau. Je n’ai pas eu l’impression de lui ajouter une couche mais d’y inclure de la dorure, d’y injecter du sens et de l’imagination, je me suis approprié ce corps pour en faire le mien, et pas celui d’un.e autre. Je dessine dans la vie de tout les jours, je peins, je sculpte. En quoi serait-il différent de considérer mon corps comme de la matière que je façonne à mon image?

Il serait tellement hypocrite de prêter admiration à des cultures non occidentales telles que je le fais, et de ne pas porter attention à l’importance de certains rites de scarifications et de tatouages, porteurs de sens, d’esthétiques, de symbolisme, d’héritage. Peut-être que mon héritage à moi réside dans cet acte : M’ôter la poitrine. Comme un acte d’alignement avec ma pensée sur le genre, sur ce duo féminin/masculin que je souhaite lier en moi, comme un acte de résilience, de pardon, d’amour, d’union.

→ Tu sortiras toujours avec des garçons ?

Aucune idée. Mon orientation sexuelle n’a rien à voir avec cette opération, je suis depuis toujours bisexuelle, ou pansexuelle. J’ai du désir pour tout les genres, tant que la personnalité me fait chavirer. J’ai bien conscience de toucher à une pierre fondamentale de la relation hétéro-normée. Une personne qui ressemble fortement à une femme, mais sans poitrine ? Oh. Mon. Dieu. J’ai bien conscience que les hommes cis seront surement rebutés par cet atypie. Mais que vous dire, je sortirais avec la personne, les personnes, qui comprendront qui je suis et ce que mon corps représente pour moi. Que ce soit une homme cis, une femme cis, un homme trans, une femme trans, une personne non binaire : Je m’en tape le coquillart. 

→ Est ce que tu es sûre que tu te sentiras mieux ?

Non. Vous êtes toujours sûr d’être heureux·se vous, une fois que vous aurez ce que vous voulez ? La vie est faite de risques, je ne peux simplement que me baser sur mes ressentis et mon passé vis à vis de cette poitrine. Je sais que je ne l’aime pas, que je ne me tiens pas droite pour la cacher, que je n’aime pas ce qu’elle dit de moi, que ma silhouette me dégoute, et que lorsque je l’aplatis, je ressens l’inverse de la dysphorie de genre, je ressens de l’euphorie. J’aime me voir, me regarder, tourner sur moi même, comment les vêtements tombent sur mon torse. Non je ne suis pas sûre, parce qu’on est jamais sûr. Mais je pense que oui.

→ Tu ne préférerais pas te faire simplement une réduction mammaire ?

Peut-être que si j’étais née avec un bonnet A, je n’aurais pas eu l’idée de cette opération, c’est vrai, c’est une probabilité. Dame Nature a été généreuse avec moi, et donc, je ressens une préoccupation excessive et une très grosse anxiété vis à vis de ma poitrine. Parfois je me dis qu’effectivement, venir à un bonnet A pourrait être une idée. Seulement juste après y avoir pensé, je me rends compte que l’adéquation avec mon rapport au genre, à ce féminin et à ce masculin que je souhaite lier en moi n’existera alors pas. Et çe ne me va pas. Quitte à ritualiser ce passage à l’acte, je préfère le faire pour la vraie bonne raison. Pas pour être « un peu moins embêtée. »

→ Tu ne voudras pas transitionner complètement après ça ?

NON, JE NE PENSE PAS, MAIS J’EN SAIS RIEN, PERSONNE NE SAIT DE QUOI DEMAIN SERA FAIT. Au pire, au pire quoi, je deviendrais un garçon ? Est ce que quelqu’un en mourra ? Je ne serais plus une personne dont on peut pénétrer le vagin, est ce si grave ? Je changerais de prénom ? De pronom ? Déconstruisez votre sexisme et votre transphobie. L’âme, c’est dans la tête et le coeur, pas entre les jambes.

Bisou.
Le lien de la cagnotte si vous souhaitez m’aider : https://www.leetchi.com/fr/c/mammectomie-pour-carni-6808441

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Carni Bird est mon nom d’artiste. Derrière lui se cache Angèle, 30 ans. Je vulgarise ici mon TSA*, donne accès à ce qui est caché, livre une expérience, afin que la neurodiversité soit mieux comprise et soutenue. Mon art visuel est au service des écrits que je garde précieux et secrets depuis des années.

 Bon voyage.

* Trouble du Spectre Autistique / Autisme

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